Qu'est-ce ?

 Ce blog a pour but de promouvoir la philotropie à une échelle mondiale. Qu'est-ce que la philotropie ? C'est une alternative à la philosophie qui inclut dans son domaine de recherche les apports encore mésestimés de nouveaux penseurs tel que Florent Pagny ou David et Jonathan.

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Chimène: "Et que penses- tu de Jean Romuald?"

Tomber amoureux fait partie de ces choses qui peuvent contribuer à égailler l'existence de tout un chacun, au même titre que suivre une émission de Patrick Sébastien un samedi soir ou aller s'acheter un kebab salade-tomate-oignon au suédois du coin. Nous sommes d'accord.
REtomber amoureux, c'est à peu près la même chose, sauf que cette fois, on ne nous y reprendra pas à prendre de la sauce piquante.
Chimène Badi, jeune artiste française dont la prestigieuse discographie la place d'ores et déjà à la droite de Barbara et à la gauche d'Annie Cordy, a décidé, non sans un certain courage, de traiter de ce thème épineux à travers sa chanson "Retomber amoureux".

Il y a bien longtemps qu'on ne se parlait plus
Il y a bien longtemps qu'on ne se plaisait plus
Il y a bien longtemps qu'on ne s'était pas dit
Le prénom d'un enfant dont on aurait envie


Lorsque la chanson débute, nous comprenons bien vite que tout va mal entre Chimène et son fiancé : D'abord, ils ne se parlent plus, ce qui peut représenter un véritable handicap lorsque vous ne vous souvenez plus où est le programme télé. Plus grave : ils ne se plaisent plus. Chimène trouve que son fiancé est con et moche, alors que de son côté le fiancé pense exactement la même chose à son encontre. Heureusement, dans la mesure où ils ne s'adressent plus la parole, ils restent l'un et l'autre dans l'ignorance de ce profond mépris, ce qui nous évite des vers du genre "Je lui ai dit espèce de fumier, il m'a répondu : c'est c'lui qui dit qui y est".
Cerise sur le gateau, ils ne veulent même plus faire d'enfant, et ont d'ailleurs stoppé toute recherche concernant un éventuel patronyme qui pourrait permettre de l'identifier sans trop de difficultés au milieu d'un bac à sable. En résumé, il y a de l'eau dans le gaz entre Chimène et son fiancé.
Et là, c'est le miracle:


Et puis un jour tout est fini, c'est là que tout a commencé
Quand on s'est dit "on se quitte", on ne s'est plus jamais quittés


Qu'on imagine l'extrème confusion qui a dû rêgner ce jour-là au sein du couple.Dans quel abîme de perplexité s'est subitement retrouvé le fiancé lorsque Chimène lui a annoncé: "Je te quitte" tout en restant affalée comme une baleine échouée sur la canapé du salon? Sentant sans doute son esprit vasciller, il a marmoné "moi aussi", puis est parti faire la vaisselle.  D'où le statu quo qui s'est installé durablement au sein du couple. Pour ma part,je ne vois pas d'autre explication.
Bien que la situation soit pour le moins curieuse (on imagine leurs amis, en visite pour l'apéritif: "Alors comme ça, c'est fini entre vous et ça vient de commencer? Chimène, pourquoi tu mets ces cacahuètes dans tes narines? Vous êtes sûr que ça va tous les deux?") Chimène en tire quelques maximes définitives qu'elle nous expose dans le refrain:


Retomber amoureux de la personne qu'on aime
Retomber amoureux et de nouveau se dire "je t'aime"
Retomber amoureux de la personne qu'on aime
Etre heureux d'être heureux, différents mais toujours les mêmes


Deux choses dans ces vers interpelleront les esprits, même les moins clairvoyants : retomber amoureux de la personne qu'on aime, c'est, comment dire... Marcher dans une crotte de chien alors qu'on a déjà le pied dans le caca. En un mot, c'est impossible. Et d'un point de vue scientifique et logique, c'est une incongruité.

Mais que dire alors de "être heureux d'être heureux?" Est-ce le pendant optimiste du fameux "peur d'avoir peur"? Et peut-on envisager d"être heureux d'être heureux d'être heureux"? Et est-ce que ça ne fait pas mal à la tête au bout d'un moment?
On pourrait imaginer pour le moins que Chimène va nous apporter, dans la suite de sa chanson, des éléments de réponse qui nous permettrait de nous extirper de cet affreux marasme existentiel qui nous assaille soudainement. Mais non, Chimène préfére passer à autre chose, c'est à dire le récit laconique des splendeurs passées de ce couple incertain.


Il y a bien longtemps les dîners aux chandelles
Il y a bien longtemps les petits câlins à l'hôtel
Et le jour qui se lève, dire bonjour aux voisins
Se prendre pour Adam et Eve et croquer dans le même pain


A la lecture de ces lignes, on entrevoit quel Eldorado a dû être la vie quotidienne des deux amoureux : des dîners au chandelles au Buffalo Grill du coin, des nuits  d'amour sans fin à l'hôtel Première Classe, situé juste à côté du restaurant de cowboy, et pour finir, la tournée des chambres : "Bonjour, c'est Chimène Badi, ça c'est mon amoureux, on s'est quitté, mais je comprends pas, il est toujours là. Enfin, c'est pas grave, l'essentiel c'est d'être heureux d'être heureux".
Pour finir en beauté, on apprend qu'Adam et Eve disposait d'une boulangerie pâtisserie à deux pas de chez eux, ce qui leur permettait de croquer dans le même pain, au petit déj' avant d'aller au boulot.

Lorsque les dernières notes s'éteignent, l'auditeur reste perplexe : est-ce que les choses ont fini par s'arranger pour Chimène? Prend-elle bien ses médicaments tous les jours?
Plus sérieusement, pourrait-elle nous transmettre une chronologie précise de son histoire amoureuse? Parce que là, je n'y comprends plus rien. Est-elle encore avec machin? Si oui, est-elle retournée au Buffalo Grill ou cet endroit fait-il définitivement partie des splendeurs passées? Si non, a-t-elle essayé Léon de Bruxelles, et si oui, s'y est-elle sentie heureuse d'être heureuse, voire légérement différente tout en étant la même?
Nous somme preneurs de toute information sérieuse à ce sujet.


Chimène Badi, heureuse d'être heureuse

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La possibilité d’une île

Sur un coup de tête, Pierre avait décidé de partir en week end, au bord de la mer. Redoutant le désarrois qui ne manquerait pas de s’abattre sur lui après quelques heures passées à arpenter la jetée, il avait demandé à Sylvie, sa collègue du ministère, de l’accompagner. Contre toute attente, celle-ci avait accepté. L’éventualité d’un refus était de toute façon peu probable ; Sylvie, de toute évidence, appartenait depuis une éternité à cette catégorie de célibataire sans liaison connue qui hante les grandes métropoles et leur banlieue. Peut-être même n’avait-elle jamais connu les émois d’une relation charnelle, et la proposition, bien qu’émanant d’un spécimen peu attractif de la gente masculine, avait été accueilli avec chaleur, tempérée toutefois par un zeste d’incrédulité.
Le samedi matin, Pierre alla chercher Sylvie dans sa clio bleu lilas. Elle habitait à Bobigny, au 14ème étage d’une tour à la limite de l’insalubrité.
 Pendant le voyage, Sylvie s’étendit avec complaisance sur ses conditions de vie, qu’elle jugeait « déplorables », et n’avait pas de mots assez durs pour l’Opac Hlm qui gérait ce parc de logement. Les boîtes aux lettres étaient systématiquement cassées et, selon elle, il ne se passait pas un jour sans qu’un jeune ne lui mette la main aux fesses, dans la cage d’escalier ou en sortant de l’ascenseur. A cette évocation, une certaine fierté transparaissait dans sa voix. Pierre s’en fit la remarque puis passa à autre chose en s’allumant une cigarette.
L’hôtel qu’il avait réservé donnait sur port, et l’atmosphère était envahie par une terrible odeur de poisson mort qui semblait vous suivre en tout lieu, pénétrer vos vêtements et y rester désespérément accroché pour le reste des siècles. « On s’y fait très vite » avait déclaré avec un soupçon de mépris dans la voix le gérant de l’hôtel, sorte de rebut post soixante huitard reconverti dans l’industrie hôtelière low cost.
Le type leur avait montré la chambre, qui donnait dans l’arrière cour. « Et interdiction de fumer ! » avait-il dit avant de refermer la porte. Sylvie tournait lentement sur elle-même afin sans doute de prendre toute la mesure de la pièce qui l’entourait. Assis sur son lit, Pierre l’observait. Elle avait tout de même terriblement l’air cloche. En plus elle avait un gros cul, il pouvait aisément le constater, et l’espèce de robe paysanne qui l’affublait n’arrangeait rien à l’affaire.
Elle finit par décréter que l’endroit était pittoresque, puis s’étala sur son lit avec un long soupir, comme si cette constatation lui avait demandé un effort démesuré.
Il était encore tôt, Pierre proposa une ballade le long de la mer avant de s’enquérir d’un restaurant pour le soir. Sylvie était d’accord. Du reste elle était d’accord avec tout. Elle semblait heureuse, comme s’il s’agissait du plus beau jour de sa vie. Pierre était plus nuancé à ce sujet, bien qu’un discret sentiment de bien-être l’envahissait peu à peu : il savait que, le moment venu, enthousiaste comme elle était,  elle ne ferait pas trop de manière. Peut-être même se montrerait-elle volontaire, voire passionnée…
Tandis qu’ils se promenaient le long de la jetée, Pierre sentait le désir monter en lui. Mais comment faire pour lui faire comprendre son ardeur ? Occupée à ramasser des petits cailloux qu’elle lançait aussitôt dans les flots avec un petit cri de victoire, elle semblait si loin de tout ça.
Soudain inspiré, il s’écria « Regardez Sylvie ! Cette île, au loin, comme elle est jolie ! »
Sylvie avait beau plisser les yeux, elle ne voyait rien, et pour cause. Pierre cependant insistait. « Regardez mieux ! Le reflet du soleil doit vous gêner. Baissez vous, vous allez voir ».
Elle se mit à quatre pattes, scruta la mer avec plus d’acharnement encore.
 « Non, décidemment Pierre, je ne vois rien. Cela étant, ça ne m’étonne pas trop. Je connais bien la carte de la région et la possibilité qu’il y ait une île à cet endroit précis est plus que douteuse, si vous voulez mon avis .»
Mettant à profit ce temps de réflexion, Pierre avait soulevé la jupe paysanne de Sylvie et commencé de la besogner.
Lorsqu’il eut finit, Sylvie regardait toujours l’horizon. « Décidemment : non. Ah Attendez ! Peut-être là-bas ? Mais non… »
Pierre remonta sa braguette avec lenteur.
C’était le bon moment pour commencer à déprimer.

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