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Qu'est-ce ?

 Ce blog a pour but de promouvoir la philotropie à une échelle mondiale. Qu'est-ce que la philotropie ? C'est une alternative à la philosophie qui inclut dans son domaine de recherche les apports encore mésestimés de nouveaux penseurs tel que Florent Pagny ou David et Jonathan.

Les Nouveautés

17 août 2005 3 17 /08 /août /2005 00:00

La possibilité d’une île

Sur un coup de tête, Pierre avait décidé de partir en week end, au bord de la mer. Redoutant le désarrois qui ne manquerait pas de s’abattre sur lui après quelques heures passées à arpenter la jetée, il avait demandé à Sylvie, sa collègue du ministère, de l’accompagner. Contre toute attente, celle-ci avait accepté. L’éventualité d’un refus était de toute façon peu probable ; Sylvie, de toute évidence, appartenait depuis une éternité à cette catégorie de célibataire sans liaison connue qui hante les grandes métropoles et leur banlieue. Peut-être même n’avait-elle jamais connu les émois d’une relation charnelle, et la proposition, bien qu’émanant d’un spécimen peu attractif de la gente masculine, avait été accueilli avec chaleur, tempérée toutefois par un zeste d’incrédulité.
Le samedi matin, Pierre alla chercher Sylvie dans sa clio bleu lilas. Elle habitait à Bobigny, au 14ème étage d’une tour à la limite de l’insalubrité.
 Pendant le voyage, Sylvie s’étendit avec complaisance sur ses conditions de vie, qu’elle jugeait « déplorables », et n’avait pas de mots assez durs pour l’Opac Hlm qui gérait ce parc de logement. Les boîtes aux lettres étaient systématiquement cassées et, selon elle, il ne se passait pas un jour sans qu’un jeune ne lui mette la main aux fesses, dans la cage d’escalier ou en sortant de l’ascenseur. A cette évocation, une certaine fierté transparaissait dans sa voix. Pierre s’en fit la remarque puis passa à autre chose en s’allumant une cigarette.
L’hôtel qu’il avait réservé donnait sur port, et l’atmosphère était envahie par une terrible odeur de poisson mort qui semblait vous suivre en tout lieu, pénétrer vos vêtements et y rester désespérément accroché pour le reste des siècles. « On s’y fait très vite » avait déclaré avec un soupçon de mépris dans la voix le gérant de l’hôtel, sorte de rebut post soixante huitard reconverti dans l’industrie hôtelière low cost.
Le type leur avait montré la chambre, qui donnait dans l’arrière cour. « Et interdiction de fumer ! » avait-il dit avant de refermer la porte. Sylvie tournait lentement sur elle-même afin sans doute de prendre toute la mesure de la pièce qui l’entourait. Assis sur son lit, Pierre l’observait. Elle avait tout de même terriblement l’air cloche. En plus elle avait un gros cul, il pouvait aisément le constater, et l’espèce de robe paysanne qui l’affublait n’arrangeait rien à l’affaire.
Elle finit par décréter que l’endroit était pittoresque, puis s’étala sur son lit avec un long soupir, comme si cette constatation lui avait demandé un effort démesuré.
Il était encore tôt, Pierre proposa une ballade le long de la mer avant de s’enquérir d’un restaurant pour le soir. Sylvie était d’accord. Du reste elle était d’accord avec tout. Elle semblait heureuse, comme s’il s’agissait du plus beau jour de sa vie. Pierre était plus nuancé à ce sujet, bien qu’un discret sentiment de bien-être l’envahissait peu à peu : il savait que, le moment venu, enthousiaste comme elle était,  elle ne ferait pas trop de manière. Peut-être même se montrerait-elle volontaire, voire passionnée…
Tandis qu’ils se promenaient le long de la jetée, Pierre sentait le désir monter en lui. Mais comment faire pour lui faire comprendre son ardeur ? Occupée à ramasser des petits cailloux qu’elle lançait aussitôt dans les flots avec un petit cri de victoire, elle semblait si loin de tout ça.
Soudain inspiré, il s’écria « Regardez Sylvie ! Cette île, au loin, comme elle est jolie ! »
Sylvie avait beau plisser les yeux, elle ne voyait rien, et pour cause. Pierre cependant insistait. « Regardez mieux ! Le reflet du soleil doit vous gêner. Baissez vous, vous allez voir ».
Elle se mit à quatre pattes, scruta la mer avec plus d’acharnement encore.
 « Non, décidemment Pierre, je ne vois rien. Cela étant, ça ne m’étonne pas trop. Je connais bien la carte de la région et la possibilité qu’il y ait une île à cet endroit précis est plus que douteuse, si vous voulez mon avis .»
Mettant à profit ce temps de réflexion, Pierre avait soulevé la jupe paysanne de Sylvie et commencé de la besogner.
Lorsqu’il eut finit, Sylvie regardait toujours l’horizon. « Décidemment : non. Ah Attendez ! Peut-être là-bas ? Mais non… »
Pierre remonta sa braguette avec lenteur.
C’était le bon moment pour commencer à déprimer.

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Published by Grédisset - dans Loisirs et distraction
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commentaires

greg 08/10/2005 00:56

j'ai lu il y a peu de temps Plateforme de Houellebecq et je dois dire que ce texte ressemble à son style : bravo !

Ceci dit une des caractéristiques de Michel H c'est l'utilisation des ";", ce qui manque ici.
Le sexe aussi est très présent d'où la fin !
Sérieusement en lisant ce texte certaines phrases/tournures m'ont fait pensé à Plateforme...

Grédisset 19/08/2005 19:32

Je vois que Monsieur a du goût.

Epictete 19/08/2005 19:27

Je préfère Gérard DE VILLIERS.