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Qu'est-ce ?

 Ce blog a pour but de promouvoir la philotropie à une échelle mondiale. Qu'est-ce que la philotropie ? C'est une alternative à la philosophie qui inclut dans son domaine de recherche les apports encore mésestimés de nouveaux penseurs tel que Florent Pagny ou David et Jonathan.

Les Nouveautés

10 décembre 2004 5 10 /12 /décembre /2004 00:00

 

Le mélange biblique de ces deux créatures serait-il la solution ?

Cela fait à présent huit jours que ce blog est en ligne, et son aura interplanétaire tarde à se concrétiser. J'ai beau retourner les éléments dans tous les sens, je ne comprends pas.
Peut-être dois-je insérer des photos de femmes nues copulant avec des canards?
J'ai bien un appareil photo, mais qui accepterait de poser pour moi dans une telle position ? D'autant que la canard, animal débonnaire mais parfois lunatique, peut se montrer agressif à tout moment.
La solution n'est sans doute pas là, mais où alors?
Mais ne désespérons pas: je suis sûr que la notorieté est en chemin. Tiens je l'entends qui frappe à la porte. Ah non, c'est Madame Benchémoul. Elle s'inquiète de voir mes volets constamment fermés. J'hésite à lui parler de philotropie. J'ouvre la bouche puis me ravise: la dernière fois que l'on a parlé de Kant, elle m'a tenu la jambe 3/4 d'heures dans la cage d'escalier, avec un petit vent frais qui me laminait le cou. Résultat: un torticoli qui m'a empêché toute dénégation de la tête pendant 4 jours.

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Published by Philippe Grédisset - dans Le journal du philotrope
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7 décembre 2004 2 07 /12 /décembre /2004 00:00

Florent Pagny scrute le firmament à la recherche de la vérité. Prévoyant, il s'est muni d'un micro pour faire part de ses découvertes.

La pensée de Florent Pagny, pour celui qui voudra bien se donner le peine de s'y intéresser, offre un formidable outil d'analyse, indispensable à la compréhension de notre société post-moderne. Jusqu'à présent, il a été fort injustement écarté des études universitaires sous de fallacieux prétextes (sa coiffure serait par trop excentrique, il aurait un gros nez, il se tiendrait mal à table, que sais-je encore...)
Or il est évident, à la lecture de son texte fondateur "Laissez-nous respirer" que Florent Pagny compte d'ores et déjà parmi les plus personnalités les plus marquantes qui auront strié de leur marque indélébile la pensée philosophique encore balbutiante du nouveau millénaire.

Laissez-nous respirer.

F. Pagny a constaté qu'on ne le laissait pas respirer. Le mystère plane sur l'identité des personnes incriminées. Mais gageons dès à présent que la suite du texte jetera sur leur véritable nature une lumière éblouissante. A noter que mû par un élan altruiste sans faille, F. Pagny englobe dans sa contestation - et les éventuels bénéfices qui vont en découler - une part non négligeable mais cependant indéterminée de l'humanité (usage du pluriel "nous" ).

Je ne ferais pas ça
Parce que vous l'avez commandé
Je n'irais pas par là
Parce que vous l'avez décidé

Dès les premiers mots F. Pagny marque son désaccord profond avec un certain nombre de choses qui reste - à dessein - encore floues, tout en signifiant son mépris de toute autorité.

J'aimerais pouvoir parler
J'aimerais pouvoir vous expliquer
Pouvoir vous dire
Arrêtez d'vous tromper

N'écoutant que son coeur, F Pagny adorerait délivrer un message d'amour universel, mais de toute évidence on refuse de l'entendre. Pourtant, il a tant de choses à dire, à expliquer. Il reprend à son compte avec habileté la figure tragique du philosophe qui s'époumonne en vain au milieu d'une plèbe moutonnière et désespérante, trop occupée à jouer à l'euromillion pour écouter un message de vérité.  "Arrêtez de vous trompez" s'exclame -t-il, irrité. Car de toute évidence, nous nous trompons beaucoup. Florent, en une formule lapidaire, interpelle chacun d'entre nous sur l'inéluctable dimension tragique de sa condition. Car qui n'a pas rêvé un jour d'arrêter de se tromper, notamment en ce qui concerne le choix d'un nouveau papier peint ou d'une location de vacances ?

2
- Arrêtez d'pas comprendre
Arrêtez vos conneries
Arrêtez d'pas entendre
Arrêtez d'croire que tout est toujours
Comme vous l'avez décidé
Arrêtez d'tout casser

Face au silence méprisant que lui renvoient ses contemporains, le ton se fait plus virulant, n'hésitant pas à utiliser des tournures famillières propre à choquer l'homme repus de sa propre médiocrité, afin de lui asséner un éléctro-choc salutaire. Quand l'homme aura arrêté de ne pas comprendre et donc commencé à comprendre, l'humanité aura fait un grand pas, nous déclare en substance F. Pagny. Le couplet se termine par cette supplique déchirante: "Arrêtez d'tout casser". Quand on pense aux innombrables abris-bus ou cabine téléphonique vandalisés par des hordes de sauvageons sans scrupules ni morale, on ne peut qu'applaudir des deux mains à ce cri du coeur.

{Refrain:}
Eh vous Messieurs les plus grands
Oui vous Messieurs les plus forts
Messieurs les plus chiants
Vous qu'avez jamais tord
Oh vous les envahissants
Oui vous qui parlez trop fort
Toujours suffisants
Vous avez souvent tort
Alors laissez nous vivre not'vie
Nous les soi-disant soi-disants petits
Laissez nous respirer

Nous montons encore d'un cran dans la véhemence, l'apostrophe se fait plus précise, plus incisive aussi sous la plume scalpel de notre homme. Pour qui n'avaient pas encore compris, la cible est désignée sans détours: "Messieurs les plus grands, messieurs les plus forts". Avec un courage qui l'honore, F Pagny ose désigner l'ennemi.
Pour la petite histoire, on dit que la fin du couplet a été inspirée par, d'une part, des problèmes de voisinages que rencontrait à cette époque le philosophe et d'autres part, le complexe qu'il nourrit depuis sa plus tendre enfance vis à vis de sa taille.

3 -Y a que vous qu'êtes parfaits
Y a que vous qui savez
Alors dites-moi comment on fait
Pour pas se rencontrer
Vous et nous les petits
Nous qui n'connaissons rien d'la vie
Vous savez c'qu'on vous dit

L'ironie du style peine à cacher le mordant du propos. Les petits ne rencontrent jamais les grands, simple question de taille ? Que nenni semble répondre l'auteur, car il suffirait que chacun y mette du sien, que les grands marchent à genoux, que les petits chaussent des talons conséquents, et la rencontre pourrait enfin avoir lieu. Mais c'est sans compter sur la morgue des grands qui font la sourde oreille. D'où le courroux des petits qui peuvent parfois se laisser aller à quelques verdeurs de language que F. Pagny passe pudiquement sous silence.

{au Refrain}

Eh vous Messieurs les plus grands
Oui vous Messieurs les plus forts
Messieurs les plus chiants
Vous qu'avez jamais tort
Oh vous les envahissants
Oui vous qui parlez trop fort
Toujours suffisants
Vous avez pourtant tort.

L'estocade est enfin portée lors de ce refrain légérement modifié. Observez bien le dernier vers: toute la réponse, concentrée en quelques mots simples mais néanmoins choisis avec un remarquable à propos, se trouve là, sous nos yeux enfin déscillés par le discours salvateur de F. Pagny: Oui, messieurs les plus grands, "vous avez pourtant tort".
Qui pourrait à présent prétendre le contraire: les grands ont tort, malgré leur taille avantageuse, et Florent Pagny a raison.

Encore très jeune, F. Pagny fait déjà la une d'une revue philosophique de prestige

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Published by Philippe Grédisset - dans philotropie
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3 décembre 2004 5 03 /12 /décembre /2004 00:00

Pour cet homme, le choix n'est plus à faire

Je ne reviendrais pas sur l'utilisation du papier toilette, car à moins de vivre à l'état sauvage dans une contrée reculée de notre vaste monde, l'homme sait dès son plus jeune âge le profit qu'il peut tirer d'un tel accessoire.

L'observateur aguerri aura sans doute remarqué qu'au sein même des grandes surfaces, fier symboles de la prospérité française, nous sont proposés deux modèles très différents de papier toilette.
L'un se présente sous forme de rouleau. Une étude superficielle tenderait à nous faire croire qu'il s'agit d'une seule et unique grande feuille, enroulée autour d'un axe en carton. Une telle configuration entrainerait bien des désagréments ainsi qu'une hausse substentielle du budget "Hygiène" des ménages. La réalité est plus subtile: cette grande feuille est parsemée à intervalles régulier d'une ligne formées petits trous, perpendiculaire à son bord. Ce dispositif permet de sectionner la feuille où bon nous semble afin d'en faire l'usage qu'il convient. C'est astucieux.
L'autre conditionnement prend l'allure d'un bloc de feuilles qui ressemble étrangement à une grosse bible, le plus souvent rose, ou vert pistache, ou toutes autre couleurs seyante. Les feuilles sont imbriquées de telle sorte que lorsque l'on tire sur l'une, l'autre suit, sauf si on tire très vite. Cette manoeuvre entraîne parfois des maladresses qui conduisent à l'éparpillement de la petite bible dans l'ensemble de l'espace dédié aux toilettes. L'impression de désordre apocalyptique est décuplée par le confinement systématique de ce genre d'endroit.

Les fameuses "petites bibles", proposées ici dans deux coloris ((c) papeco).

En conclusion, je conseillerai le rouleau, plus sûr, et en plus avec le carton qui reste à la fin on peut faire une petite longue vue pour faire rigoler les copains. (En général, les rouleaux sont vendus en paquet de 12, ce qui signifie 12 petites longues vues qui feront la joie d'une équipe de foot dans son intégralité plus un remplacant).

Deux exemples de petite "longue vue".

 

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Published by Philippe Grédisset - dans art de vivre
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2 décembre 2004 4 02 /12 /décembre /2004 00:00

Cela ne se remarque peut-être pas sur cette photo, mais l'endive (à condition qu'elle soit accompagnée de lardons) est supérieure à la vie.

La vie est comme un plat d'endives aux lardons (Je signale toutefois que pour appréhender toute la richesse de cette métaphore il faut, comme moi, apprécier les endives aux lardons. Dans le cas contraire, le lecteur a la possibilité d'y substituer le plat de son choix. Toutefois, il devra fournir l'effort de remplacer "endives aux lardons" par "escalope aux lentilles", à supposer qu'il soit friand de ce genre de plat. Cela pourra entraîner, ne nous voilons pas la face, une certaine déperdition dans la rapidité de compréhension et, de facto, une perte de sens non négligeable ).

Donc, la vie est comme un plat d'endives aux lardons.
Au début, le saladier est devant vous, plein d'endives généreusement assaisonnées, recouvertes de lardons fumant. Vous commencez à manger et vous vous délectez. Et votre déléctation est amplifiée par le fait qu'il reste encore plein d'endives dans le saladier. Vous vous dites "Chouette! Je n'ai pas fini de me délécter!". A un moment,même, vous vous surprenez à penser que ce plaisir ne finira jamais : vous mangez, mangez encore, et il reste toujours des endives ! C'est miraculeux!
Et puis peu à peu la vérité se fait jour : la contenu diminue. Une tristesse indicible envahit votre esprit : c'est bientôt la fin...
Plus que 15 feuilles, 10, 5... Zéro... Ah! Tiens! Il reste un petit lardon, là... Vite avalé, hélas.
Tout est terminé.
La différence entre la vie et le plat d'endives aux lardons, c'est qu'avec les secondes, vous pouvez toujours aller dans le réfrégirateur, sortir deux, trois belles endives, frire une poignée de lardons et c'est reparti pour un tour.

La vie ne permet pas cette facilité.
Cela démontre avec une logique implacable  l'indéniable supériorité du plat d'endives aux lardons sur la vie, tout du moins pour l'amateur de chicorée oblongue.

Pour les autres, il reste, fort heureusement le suicide.

 

 

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2 décembre 2004 4 02 /12 /décembre /2004 00:00

Ceci est un tableau. Mais est-ce pour autant de l'art?


D'abord, qu'est-ce que l'art ? L'art c'est quelque chose de plat, de forme carré ou bien rectangulaire, plus rarement rond ou oval. Sur ce quelque chose, quelqu'un a disposé différentes couleurs pour faire joli. Cette personne s'appelle un artiste. On appelle l'objet un tableau, parfois une croûte, selon ses goûts personnels.
Quand il a finit, l'artiste contemple sa création avec un air de profonde satisfaction, puis il la pose par terre et se demande ce qu'il va bien pouvoir en faire. A ce moment, la question cruciale surgit comme un diable de sa boîte:
Pourquoi l'art?
Parce que, si on y réfléchit bien, c'est vrai quoi.
Pour quoi faire ce tableau?
Deux clans s'affrontent: les esthètes (ceux qui veulent l'accrocher au mur du salon avec un clou) et les pragmatiques (ceux qui veulent le déchirer avec un clou et le jeter à la poubelle).
Il y a bien un troisème clan, mais j'éviterai d'en trop parler car il s'agit d'un groupe de personnes que l'on retrouve partout dès lors que le sujet et grave, et qui contribue à mettre une mauvaise ambiance: ceux qui s'en foutent.
Or comment peut-on se moquer de l'Art, alors que chaque année des dizaines de personnes se blessent gravement soit en voulant planter un clou au mur, soit en voulant déchirer une toile?
Nous nous élevons donc avec véhémence contre tous ceux qui affirment que l'art ne sert à rien, alors que de toute évidence il contribue dans une proportion non négligeable au chiffre d'affaire des fabriquants de pansements et autre mercurochrome.


 

Là, pas de doute possible, il ne s'agit pas d'art.

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30 novembre 2004 2 30 /11 /novembre /2004 00:00


Cette photo a été réalisée sans aucun trucage

Nietzche était pourtant mal parti dans la vie : un nom imprononçable en japonais, et une fameuse tendance à rire pour un rien qui effarouchait ses camarades de classe. Les quarante premières années de son existence furent particulièrement ternes et ennuyeuses, et la plupart du temps les biographes ne s’y attardent pas. Cependant, pour son quarantième et unième anniversaire, il eut l’idée de laisser pousser sa moustache, ce qui le transforma aussitôt en petit phénomène local (On l’invitait souvent à dîner, et on lui servait de la soupe au poireau. Ca faisait marrer tout le monde). Enfin reconnu, il pouvait s’atteler à sa carrière de philosophe. Pressentant que les idées qu’il exprimait étaient pour la plupart totalement dénuées de sens, il se fit passer pour fou. (C’est assez pratique, mais selon l’auditoire, le résultat peut être variable. J’ai expérimenté cette technique après avoir demandé à ma mère un billet de 50 francs pour me rendre au cinéma. Il en a résulté une forte sensation de chaleur à la joue gauche).

Toujours est-il que grâce à sa moustache, Nietzsche est instantanément identifiable. S’il assistait à la finale de la coupe de France (c’est une supposition), on pourrait le reconnaître au milieu de milliers de supporters (et pas uniquement parce que c’est le seul à ne pas agiter  de crécelle en criant « On a gagné les doigts dans le nez, ils ont perdus les doigts dans le cul ».)

Il a  fini sa vie comme ventriloque, manageant une poupée en feutrine nommée Zarathoustra.

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30 novembre 2004 2 30 /11 /novembre /2004 00:00

Moi en pleine réfléxion (l'ampoule symbolise les lumières de la philosphie qui s'abattent sur moi )

C’est une question qui préoccupe certain d’entre nous. On dit que Jeanne Calment, avant de quitter en précipitation sa maison de retraite, ne cessait de questionner le personnel de service à ce sujet. A l’inverse, certains nourrissons interrogés par mes soins sont restés parfaitement mutiques concernant le problème . Pourtant, toutes ces personnes mangent de la bouillie aux repas. On peut donc en conclure que le degré d’intérêt suscité est sans lien aucun avec les habitudes alimentaires du sujet.

Partant de ces bases solides, je me suis penché sur la question de la façon la plus objective possible. J’ai par exemple mimé la mort pendant 15 minutes pour voir ce qu’il se passerait. Je suis formel : il en résulte une grande sensation de chaleur à la joue gauche J’aurai sans doute dû choisir un autre moment que le repas, sachant que ma mère ne supporte pas qu’on fasse l’imbécile à table.

 J’ai également tenté d’entrer en contact avec un mort en faisant tourner un guéridon. Les choses se passaient à merveille et la discussion battait son plein lorsque je me suis aperçu que la radio était resté allumée.

J’envisage à présent de mettre fin à mes jours, et d’envoyer mes impressions par mail à une personne digne de confiance. Mais pas tout de suite, car il paraît que France 3 va bientôt rediffuser « Les charlots font l’Espagne » à l’occasion de la coupe du monde de foot.

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29 novembre 2004 1 29 /11 /novembre /2004 00:00

Cette ampoule, une fois installée sur un abat-jour idoine, fournit de la lumière

 

Longtemps, je me suis interrogé sur l'utilité de la lumière.

A quoi sert-elle, si ce n'est à définir les contours des êtres et des choses? Si l'on prend une boule de billard, par exemple, la lumière nous fournit des renseignements utiles sur sa forme, mais également sa couleur. Pourtant, elle s'arrête en surface, et ne nous révèle pas ce qui fait la matière même de cette boule. Est-elle creuse? Pleine? Impossible de savoir, si ce n'est en la cassant. J'ai tenté cette expérience, une fois dans une académie de billard. Par la suite, j'ai dû rembourser un jeu complet au patron de l'établissement (alors que je n'avais brisé qu'une boule) et promettre de ne jamais revenir.

Mais ce genre de brimade ne m'atteint pas. Ce qui est valable pour une boule de billard l'est également pour un cailloux, un arbre ou une entrecôte sauce marchand de vin. C'est ainsi que j’entreprit de pénétrer au plus profond des choses, dans une sorte de voyage au coeur de la matière. Ma conclusion est que bien souvent, sous les choses se trouvent en définitive la même chose, mais en moins lisse. Parfois, ca change de couleur, comme dans le cas de l'entrecôte, mais uniquement si elle est servie bleue.

J'aimerais entreprendre le même type de recherche sur l'espèce humaine, mais je n'ai jusqu'à présent trouvé aucun volontaire. L'homme se méfie instinctivement du philosophe. Parfois, il se méfie aussi de son voisin, si celui-ci arbore une mine patibulaire et émet des sons inarticulés du type "grblgl grr gfff".

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26 juillet 2004 1 26 /07 /juillet /2004 15:35
En 1965, Christophe, jeune éphèbe blond et moustachu lance un cri déchirant à la face de la France gaullienne, trop affairée à acquérir machine à laver et autre moulin à café électrique pour s’imbiber des fulgurances poétiques qui transcendent le texte.
Au mieux, « Aline » servira à ses débuts de prétexte ambulatoire aux couples d’adolescents rougeauds tentés par le stupre estival en bord de plage, au pire elle épaulera des années plus tard les réminiscences nostalgiques de bandes de quadras chauves et siliconés (selon le sexe) en offrant à leur gorge parcheminée par la cigarette et le whisky coca un refrain facile à se remémorer avec 3,5 g d’alcool dans le sang.
Il était donc grand temps de rendre justice à cette chanson dont l’écoute, 42 ans plus tard, ne laisse de nous interloquer par la richesse de sa profondeur, à moins que ce ne soit le contraire.
 
L’histoire, contée à la première personne, laisse à supposer que Christophe lui-même s’adresse à l’auditeur en lui confiant ses déboires.
 
J'avais dessiné sur le sable
Son doux visage qui me souriait
 
Imaginons la scène : le chanteur, la moustache pleine de sable doré, nonchalamment accroupi, dessine un visage avec un bâton qu’il a sans doute trouvé dans les dunes, là où en général les gens accomplissent les divers besoins que la nature leur impose. Il n’a pas encore précisé l’objet de ce portrait, mais on se doute bien qu’il ne s’agit pas d’un ornithorynque (d’autant qu’un ornithorynque, étant donné la configuration de son orifice buccal, a beaucoup de mal à sourire). Cela dit, nous ignorons si vous avez déjà essayé de dessiner sur le sable un doux visage qui vous souriait, mais sachez que si d’aventure vous tentiez l’expérience, la chose qui en résulterait aurait bien peu de chance de vous soutirer la moindre émotion – si ce n’est un rire nerveux. Aussi il semblerait que Christophe soit un artiste, un vrai, une sorte de Caravage du sable mouillé, ou alors qu’il a plus simplement besoin d’une bonne paire de lunettes. Mais laissons de côté ces considérations futiles, car le drame s’annonce…
 
Puis il a plu sur cette plage
Dans cet orage, elle a disparu
 
Oui, déjà, en 1965, les étés étaient pourris, et on ne pouvait vraiment pas faire confiance à Météo France. Notre ami en fait l’amère expérience, et c’est avec les yeux emplis d’horreur qu’il voit l’œuvre d’une vie disparaître sous l’effet d’une pluie aussi dévastatrice que cruelle.
Les amis du vérisme feront sans doute remarquer qu’il aurait été plus simple et sans doute plus crédible que le doux visage disparaisse sous l’effet de la marrée montante.Il est vrai que le réalisme y aurait gagné en intensité. Mais au détriment de l’expression poétique, car la marée, on le sait bien, évoque plus sûrement les odeurs de moules avariées mêlées aux visions déprimantes de vieilles tongs orphelines flottants sur l’écume douteuse que le doux visage d’un amour perdu. Sans compter que Christophe, en laissant bêtement recouvrir sa création par l’eau montante comme un vulgaire gamin de 5 ans avec son château de sable, serait sans doute passé pour un imbécile aux yeux de son auditoire. Ce Christophe est vraiment trop fort !
Mais poursuivons…
 
Et j'ai crié, crié, Aline, pour qu'elle revienne 
Le poète fou de douleur ne tient plus ses nerfs et nous assistons à ce que les médecins psychiatres appellent « un pétage de plomb en direct ».
Loin d’imaginer le pathétique de la situation, le chanteur imagine qu’en criant un prénom féminin choisi au hasard, son dessin va se reformer comme par enchantement. C’est évidemment une regrettable erreur d’appréciation, sans doute redevable aux 5 Gins-Martini qu’il s’est envoyés peu de temps auparavant au bar de la plage.
 
Et j'ai pleuré, pleuré, oh! j'avais trop de peine
 
Là on pourrait penser que notre ami Christophe manque un peu de dignité. Et on aura raison : c’est un véritable comportement de lopette. Espérons seulement qu’un maître nageur ne se trouvait pas dans les parages à observer la scène, sinon on n’ose imaginer le calvaire qui fut celui du chanteur pendant le reste de ses vacances (les maîtres-nageurs sont très cancaniers).
 
Je me suis assis près de son âme
Mais la belle dame s'était enfuie
 
Là, Christophe a totalement lâché prise avec le réel. Refusant l’évidence, il préfère imaginer que sa création s’est enfuie à toute jambe. S’il avait su garder son sang-froid, notre ami aurait compris qu’un doux visage dessiné dans le sable avec un bâton n’a pas de jambes et qu’il lui est donc par conséquent impossible de s’échapper. (Et quand bien même elle aurait des jambes, permettez-moi de vous dire que la mobilité reste très limitée si elles sont en sable).
 
Je l'ai cherchée sans plus y croire
Et sans un espoir, pour me guider
 
Nous apprenons où Christophe a passé le reste de ses vacances : sur la plage, occupé à marmonner des paroles incompréhensibles tout en errant sans logique apparente, les jambes lourdes et les bras ballants. C’est une scène particulièrement déchirante, surtout si l’on considère le prix exorbitant des locations saisonnières.
 
Et j'ai crié, crié, Aline, pour qu'elle revienne
Et j'ai pleuré, pleuré, oh! j'avais trop de peine
 
Parfois, pour varier les plaisirs monotones que procure une marche sans but sur une plage déserte sans rencontrer l’ombre d’un vendeur de chichi, Christophe se remet à crier, puis à pleurer, parfois les deux en même temps.
 
Je n'ai gardé que ce doux visage
Comme une épave sur le sable mouillé
 
On sent que notre ami est enfin sur le chemin de la rémission et qu’il reprend un peu du poil de la bête : certes le visage reste doux, mais c’est une épave ! Par l’entremise d’un subtil glissement sémantique, le transfert s’opère doucement entre l’objet de tous les amours et l’indifférence un tantinet dégoûtée. L’auditeur se surprend à nourrir quelque espoir concernant notre ami : un retour à la vie normale, ou pour le moins un retour sur la route goudronnée qui mène au centre-ville. Peut-être même pourra-t-il récupérer une partie du loyer de sa location, il n’est pas encore trop tard…
 
Hélas, si :
 
Et j'ai crié, crié, Aline, pour qu'elle revienne
Et j'ai pleuré, pleuré, oh! j'avais trop de peine
 





Christophe : "On m'y reprendra 
pas à dessiner des trucs sur le sable
"
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Published by Philippe Grédisset - dans Loisirs et distraction
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